Rencontre avec les dauphins et autres animaux extraordinaires
Peu de gens, en embarquant à bord de la bisquine, imaginent la surprise qui les attendra peut-être au large de Granville : entendre le cri, toujours répété en choeur, "dauphins à tribord!".
Et pourtant, non content d'être sur l'un des plus beaux voiliers du monde, en navigation vers l'un des plus beaux archipels du monde, avec l'un des marnages les plus importants du monde, la baie regorge de ressources halieutiques tellement apétissantes qu'elle accueuille aujourd'hui environs 600 grands dauphins, du latin Tursiops troncatus, ce qui constitue actuellement la plus grande colonie de ces mamifères marins... d'Europe!
Ils sont comme dans les films, comme dans nos rêves d'enfants, beaux, joueurs, majestueux... Leur seul défaut : ils ne sont pas toujours au rendez-vous, on ne les voit jamais au même endroit, et cette rencontre du troisième type est totalement imprévisible. Les déçus ne pourront se consoler que de 2 façons : retenter leur chance, ou aller dans un marineland pour les voir sauter dans un cerceau.
Mais pour les chanceux bénis de Neptune, le spectacle est grandiose. Les individus aileronnés les plus curieux, et les plus connaisseurs, s'approchent des formes parfaites de la coque de la
Granvillaise, s'épanouissant et s'ébattant à quelques mètres au plus des passagers plus que ravis, rassemblés sur le pont du fin voilier. Lorsqu'ils remontent à la surface et émettent leur
petit souffle, il nous semblerait pouvoir les toucher. D'autres profitent de la caresse de la vague d'étrave et nous montrent leur ventre blanc, rivalisant sans peine de vitesse avec la
bisquine, et faisant étalage de leurs prouesses techniques. Quels corps superbes, comme leurs mouvements semblent fluides, leur permettant de progresser dans l'eau sans effort! Deux minutes, cinq
minutes, quinze minutes, parfois plusieurs heures, leur escorte sympathique nous ravit à un point indescriptible. Ces animaux sauvages et agiles nous ont choisi pour partager leur chemin le temps
de quelques battements de queue, et nous nous sentons choisis, aimés, bénis des dieux. La nature toute entière semble s'exprimer à travers leur comportement amical, et cette expérience, bien plus
qu'assouvissant notre curiosité scientifique, anatomique, relève de la magie. Nous avons communié avec le monde animal, avec l'océan tout entier, chérissons notre vie, Amen. Puis, toujours trop
vite, ils ne réaparaissent pas à la surface, ou alors tout là bas à l'horizon. Cette parenthèse incroyable est finie, ils retournent à leurs occupations et nous aux nôtres... D'ailleurs il serait
peut-être temps de préparer l'ancre pour Chausey?Les photographes auront peut-être un bout de queue ou d'aileron immortalisé sur leur pellicule, mais les souvenirs les plus beaux seront gravés dans la tête. Il ne reste plus qu'à faire un
petit appel sur le canal 10 de la radio du bord pour prévenir Mr Dauphin, de l'association Al Lark, qui étudie ces drôles de mammifères et répertorie les différentes observations des plaisanciers
de la Baie, et inciter les photographes en herbe du bord à lui transmettre leurs photos où l'on aperçoit des cicatrices sur la peau ou les ailerons des dauphins.
Nul doute qu'en arrivant à terre, nos chanceux passagers et adhérents auront envie d'en savoir plus sur cet animal.
Je facilite un peu le travail en mettant ici quelques liens vidéos sur les Tursiops :
Un reportage sur l'association Al Lark et Mr Dauphin :
Ici, la réponse en images à la question : mais comment naissent les dauphins?
Enfin, parler de la mascotte des océans est un prétexte pour parler des autres stars de l'ombre. Personne ne me croit lorsque je pointe, excitée, un vol de pingouin. Un pingouin qui vole? Mais oui madame! Les pingouins sont toujours confondus avec les manchots, vivant en hémisphère sud, et utilisant leurs ailes uniquement pour nager, de façon très efficace ceci dit. Et laq famille des pingouins, autrement appelés Alcydés, concerne l'hémisphère nord et des oiseaux relativement petits et qui volent, je dirais même qui volent de façon très caractéristique. Dans cette famille, nous trouvons les guillemots de troll, les pingouins torda et les macareux moines.

Les deux premiers sont relativements difficiles à différencier sans jumelles, mais il me semble avoir plus souvent observé des guillemots que des tordas dans la baie. Quant aux macareux moines, je crois bien que le seul endroit où il est encore observable en France est les Sept îles, au large de Perros Guirrec.
Il semble pourtant que la confusion entre manchots et pingouins ne date pas d'hier. La réponse se trouve au panthéon des espèces disparues, car le Grand Pingouin, disparut à la moitié du XIXe siècle, lui, ne volait pas!
En levant les yeux au ciel, en navigation, on peut observer deux autres espèces incroyables : les fous de Bassan, et les sternes.
Les fous de Bassan sont les plus grands oiseaux marins que l'on puisse observer en Europe, avec 1,8m d'envergure (oui, c'est enorme, mais largement battu par l'albatros hurleur avec 3,5m!), aux
capacités physiques incroyables, je cite
"ils planent haut dans les airs avant de plonger comme des flèches dans la mer à grande vitesse (de l'ordre de 60 km/h) à 110 km/h) lorsqu'ils aperçoivent une proie (sa vue est si perçante que cet oiseau repère un banc de poissons à 40 mètres de hauteur). Cela
crée une onde de choc qui assomme alors les poissons. Le fou n'a plus qu'à les avaler, avant même de regagner la surface. Ils remontent donc toujours le bec vide, ce qui leur a valu cette
appellation de « fou », par les premiers pêcheurs qui les observèrent. Lors du plongeon, des sacs aériens situés sous la peau permettent de protéger la tête et le poitrail lors de
l'impact, tandis que les yeux sont protégés par la membrane nictitante et les narines fermées étanchement. Le fou peut ainsi descendre à une quinzaine de mètres de profondeur et rester immergé
pour une durée allant jusqu'à 20 secondes.
Il ne se reproduit que sur quelques sites précis, le seul en France étant les Sept-îles, mais tout aussi proche de notre baie, se trouve également le site d'Aurigny.
Une vidéo sur les fous aux Sept-îles,
Les bandes annonce du film Océans, où l'on voit si bien les fous plonger puis nager
Les sternes, bien plus fines et petites, se font pourtant remarquer par leurs piaillements sonores. Dans la baie elles se nomment Caugek ou Pierregarin, et leurs sites de nidification dans l'archipel de Chausey ne passent pas inaperçus! Mais si elles sont si célèbres, c'est grâce à la fille prodige, j'ai nommé la sterne arctique, en latin Paradisaea, que l'on ne peut observer par ici, mais elles se ressemblent tellement, qu'il ne faut plus qu'un peu d'imagination pour partir voyager avec elles.
Leur particularité? laissons les mots de Pierre BLANC, de RCF Isère, opérer leur magie :
Paradisaea !
Quand j’ai lu ça, je suis resté scotché, comme ils disent lorsque justement ça… ne colle pas.
Ainsi, je pèse environ cent grammes. Je m’offre deux saisons d’été dans la même année : l’été boréal arctique en hémisphère nord et l’austral antarctique en hémisphère sud, et ce, pendant
vingt ans.
Avec mon coefficien
t de pénétration dans l’air inégalé, j’échappe à la taxe carbone. Mes rejets de CO2 font de Copenhague un sommet alors qu’ils en ont fait une montagne. Je détiens sûrement le record de distance parcourue dans le monde animal. Je suis… ?
Chaque été, je ponds un œuf en Arctique, puis je pars pour l’Antarctique et, cramponnez-vous, je reviens dans la même année. Huit mois en vol. 70000 kms de moyenne, homologués. Les chercheurs viennent enfin de s’apercevoir que je ne prends pas la ligne la plus directe, surtout pour le retour. Economie d’énergie volatile chez nous : et vous en êtes où de votre fossil
e ? Communément appelée l’hirondelle de mer, je suis ? La Sterne Arctique.
Voilà qu’une tête de linotte, autre passereau chanteur, possède en son poste de pilotage toute la technologie d’un supersonique pour se repérer, toute la puissance silencieuse, économique,
non polluante pour se déplacer, effectue trois fois la distance terre-lune pendant sa vie, et … Eh bien moi, ça me scotche, et au plancher des vaches.
La Sterne Arctique connecte une moitié du globe terrestre à l’autre aussi facilement que je peux le faire, de la moitié latérale de mon cerveau antérieur à l’autre. Hémisphères. Hémisphères
!
Franchement, moi, ça me botte. Au sens de l’émerveillement. L’émerveillement, seul moteur de mobilisation pour la sauvegarde de la planète, bien plus efficace que certains discours
lénifiants, aujourd’hui soldés, sur les étals du marché environnemental.
Merveilleuse nature qui me propose la sterne arctique.
Allez, je jette du lest : les gens qui me pèsent, l’avenir qui m’inquiète, la frontière de mes papiers. Je vide le grenier de mes hémisphères encombrés. Caresse ceux de mon globe terrestre
malmenés. Respire à fond malgré l’état de mes poumons. Oublie l’heure de mon rendez-vous. Prends les ailes à mon cou. Vous avez dit Sterna. Mon petit nom ? Paradisaea….ben voyons !
Pour ceux qui voudraient en savoir plus sur leur migration et les méthodes utilisées pour la déterminer cliquez ici
Dans la même famille, décidément, je vous présente la sterne fuligineuse, l'un des nombreux mystères du monde animal. Quand un jeune quitte le nid, il
s'envole vers la mer et ne se posera plus avant plusieurs années. Etant donné que son plumage n'est pas imperméable et qu'elle n'a pas les pattes palmées qui permettent à d'autres sternes
d'amerrir, la sterne fuligineuse évite les bains de mer. Elle attrape ses proies (de petits poissons) en vol, à la surface.
Mais quand dort-elle ? Un ouvrage sur les oiseaux d'Amérique du Nord répond : " il est peu probable qu'elle dorme sur l'océan ; ses plumes s'imprégneraient d'eau. de l'avis de certains
ornithologues, ces oiseaux dormiraient en vol ".
Des histoires incroyables,il y en a tellement, comme le mystère de la disparition des poussins des tadornes de belon, le point rouge sur le bec des goélands,
les prouesses des cormorans, les poissons lunes, les oiseaux marins égarés par une tempête ou autres requins pèlerins.
Mais en attendant, je vous laisse découvrir l'invité surprise des îles Chausey, en cliquant ici
Et à bientôt pour de nouvelles aventures en bisquine!
Géraldine
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