Le 31 du mois d'août...
L'idée de rendre visite au plateau des Minquiers en sortie associative a germé courant août au sein du Bureau. Le dimanche 31 pas encore réservé par des clients, et présentant un coefficient de marée favorable à l'expédition, est aussitôt retenu pour les adhérents, malheureusement limités à 12 sur la bisquine en dehors des eaux Françaises. Après une semaine maussade la météo prend bonne tournure et le départ est confirmé, appareillage à 9 heures dès que la hauteur d'eau au Hérel est suffisante pour franchir la porte.
Le plan est de débuter notre approche sur place en tout début d'après midi pour bénéficier d'une hauteur d'eau relativement confortable, la pleine mer locale est juste après 11 heures. À bord 3 personnes ont déjà circulé dans l'archipel, Michel en 1967 pour aider un ami pêcheur à relever ses casiers, Pascale au cours de deux croisières en 2009 et 2010, et le patron de La Granvillaise alors qu'il faisait ses premières armes sur un autre vieux gréement Granvillais en tant que Second, en 2010. L'atterrissage aux Minquiers est préparé à l'aide du bel ouvrage de Peter Carnegie du Royal Cruising Club Pilotage Foudation, cet ouvrage étant une mise à jour du fameux guide des Anglo-Normandes de Malcom Robson, et avec les conseils précieux que Jérôme de Grune Sec nous donne gentiment.
Nous entrons dans les eaux territoriales du Royaume Uni juste avant la marque cardinale Sud-Est Minquiers. La bisquine sous basses voiles et foc moyen lutte au près contre une petite houle résiduelle avec appui moteur pour assurer l'horaire d'arrivée. Pas très agréable de consommer du gazole alors que le Noroît est établi à 3-4 Beaufort, mais ce vent nous donne une visibilité du tonnerre et penser au retour au portant nous garde le sourire. Nous sommes impatients de voir se profiler les portes d'entrée entre les cailloux du coin, que nous ne connaissons que par les photos du guide, mais par cœur !
Nous identifions d'abord sans doute possible l'alignement donné par les deux balises du Rocher Sud du Bas, que nous laissons défiler sur bâbord car nous choisissons d'approcher Maîtresse Ile par l'Est dès que nous aurons repéré la balise Récif le Coq. Elle apparaît peut après, pas sous la forme d'une marque Cardinale Est comme l'indique la carte 7161 du SHOM mais sous celle d'une perche rouge et blanche surmontée d'un cylindre.
Au Coq les voiles sont affalées, le mouillage préparé par JP et ses aides, deux matelots scrutent la mer devant l'étrave. À l'arrière le patron barre, un matelot prend régulièrement les relèvements du Coq et du Rocher Blanc, un autre les reporte sur la carte et guide le barreur, un troisième confirme par la trace que nous laissons sur sa tablette équipée de Navionics. Comme recommandé par Jérôme nous passons juste au Sud de la roche notée 4,6m sans la voir mais dont les remous et marmites levés par le courant qui porte à cette heure au Nord-Nord-Ouest donnent un peu la chair de poule. Nous continuons la progression à vitesse lente mais suffisante pour étaler le courant traversier jusqu'à l'alignement du mât de pavillon par les toilettes au 339 que nous suivons après virage à droite, nous sommes presque arrivés.
La croix et le panneau rouge du Rocher Blanc alignées au 081 nous confirment peu après que nous sommes à bon port, le sondeur indique 10 mètres, JP d'un petit coup sec de barre de guindeau envoie la pioche et 30 mètres de chaîne dans l'eau limpide, première partie de la mission accomplie.
Il ne faut pas mollir et organiser la visite à terre avant que le niveau ne soit trop bas et interdise la sortie. La douceur de l'air, la tranquillité du lagon, l'eau transparente, encouragent plutôt à passer la nuit sur place. Nous visitons le hameau minuscule construit en partie par les carriers qui déménagèrent par la suite à Chausey, équipé des toilettes les plus Sud des îles Britaniques. Deux équipières se baignent. Depuis le sommet de Maîtresse ile qui culmine à 9 mètres d'altitude nous observons, songeurs, les bancs de sable dont le grand Fourchi rouge qui découvre juste et celui qui ferme notre mouillage à l'Ouest, les récifs éparpillés sur une surface sensiblement identique à celle de Jersey, la baie de Saint Aubin et le port de Saint Hélier. Dans nos poches le pavillon national, nous n'écrirons pas pourquoi afin de ne pas offusquer nos adhérents sujets de sa gracieuse Majesté ni le Foreign Office, et, une sonde à main car en tant qu'échelon précurseur, nous prenons des notes pour les prochaines visites.
Le mouillage relevé nous quittons les lieux en suivant sur l'arrière l'alignement du mât de pavillon par les toilettes jusqu'à rencontrer la route 080 vers le Coq, la dent de granit du 4,6 est maintenant bien visible au Nord. Même technique que pour l'arrivée la route est suivie par les moyens traditionnels et contrôlée sur la tablette.
La précision du GPS de l'IPad est incontestable mais il n'en est pas forcément de même pour la cartographie. Les cartes électroniques sont pour la plupart des reproductions de cartes papier qui peuvent dater et avoir été établies avec des moyens de positionnement bien moins précis qu'aujourd'hui. Par ailleurs les moyens de reproduction peuvent être entachés d'erreurs. Si la position du bateau est précise à 3 mètres près, le rocher affleurant porté sur la carte électronique à une encablure peut ne se situer qu'à quelques mètres. Le matelot assurant le suivi électronique n'observera néanmoins pas d'erreur notable. La hauteur d'eau minimum lue au sondeur sur notre trajectoire de sortie sera de 5,6 mètres.
En eau libre, la ligne de sonde des 10 mètres franchie, envoi des basses voiles, puis du tape cul et grand hunier. Deux bords de largue jusqu'aux rondes de l'Ouest, casse croûte, deux autres bords jusqu'au Loup et entrée au Hérel de nuit.
Belle journée riche d'enseignements, nous donnons la première place à l'humilité que le marin doit savoir conserver. Nous sommes impatients de faire partager cette sortie à ceux qui n'ont pu être du premier voyage.
photos de Cécile, Moussette, Guy, Pascal, Patrick.
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